Vivaldi, du silence à l'embrasement

06 Aout 2026

Après le jazz, place au baroque.

Le Festival accueille le violoncelliste Nicolas Altstaedt et l’Ensemble Jupiter, sous la direction du luthiste Thomas Dunford. Un programme entièrement consacré à Vivaldi.

Le public est moins nombreux que la veille. Serait-ce la chaleur ?

Nicolas Altstaedt est aujourd’hui l’un des musiciens les plus recherchés et les plus polyvalents. Violoncelliste soliste, chef d’orchestre et directeur artistique de plusieurs festivals, il aborde un répertoire qui va de la musique ancienne à la création contemporaine. Il fascine habituellement par son charisme, sa créativité et cette liberté qui semble habiter chacun de ses gestes.

Thomas Dunford, lui, est considéré comme l’un des meilleurs luthistes de sa génération. Mais, ce soir, la première partie peine à trouver son élan. Les œuvres choisies sont moins connues, peut-être plus difficiles d’accès. Le mordant et l’entrain ne sont pas vraiment au rendez-vous. On reste à distance. La chaleur, peut-être, qui enveloppe le Parvis, semble avoir gagné les musiciens comme le public.

Et puis, miracle : la seconde partie réveille tout le monde.

Avec des œuvres plus familières, la musique de Vivaldi retrouve immédiatement son pouvoir d’envoûtement. Le célèbre Concerto pour luth en do majeur, RV 93, est un véritable bijou.

Thomas Dunford y déploie une liberté et une fantaisie communicatives. La précision et le moelleux de son toucher — des pattes de chat, avec leurs coussinets —, la décontraction virtuose du jeu, l’intime enlacement du geste et du son : on ne sait plus très bien qui, du musicien ou de l’instrument, tient l’autre dans ses bras.

« Le luth est un instrument très sensuel, doté d’une immense palette de couleurs et d’harmoniques, développe-t-il. Il est aussi très organique, presque humain, avec à la fois un côté masculin et féminin, et une vulnérabilité qui fait qu’on peut tutoyer le silence. »

Thomas Dunford ne craint pas les mots lorsqu’il s’agit de parler des secrets, de la ferveur, de la mystique de son instrument. Son naturel solaire et généreux guide manifestement son rapport au monde comme sa manière de faire de la musique.

Le Concerto pour violoncelle RV 424, interprété par Nicolas Altstaedt, est une fête. Un jaillissement de musique, tantôt éclatante, tantôt veloutée, superbement phrasée, portée par une pulsation rythmique irrésistible. Le violoncelle, instrument profondément sensuel, semble pouvoir tout faire, tout dire, faire feu de tout bois.

Mais le sommet de la soirée arrive avec le Concerto pour deux violoncelles RV 531.

Bruno Philippe, qui fait partie de l’orchestre, rejoint Nicolas Altstaedt. Commence alors un merveilleux dialogue entre les deux violoncelles. Vivaldi a composé des centaines de concertos, mais celui-ci se distingue par sa force singulière.

Dès les premières mesures, une charge émotionnelle intense s’installe. Dans le mouvement lent, la musique se teinte d’une tristesse presque autobiographique. Puis vient le finale, frénétique, qui joue avec une liberté étonnante sur les rythmes comme sur les tonalités.

Cette fois, le public est pleinement réveillé. La chaleur est toujours là, mais la musique a pris le dessus.

Vivaldi peut être brûlant.

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